Travailler dans un environnement VICA

Encadrant(e)s engagés et épuisés par le volume et l’opacité. Analyse cadre et priorisation, pause cohérence cardiaque, atelier de besoins. Apaisement partiel, leviers trouvés; douleur persiste, VICA persiste.

Récemment, dans le cadre de séances d’analyse de pratiques managériales, j’ai retrouvé un groupe d’encadrant(e)s qui râlent.

Pas des encadrant(e)s désinvesti(e)s, ni dogmatiques, ni défiant(e)s, ni...

Non. Des encadrant(e)s professionnel(le)s, engagé(e)s, pragmatiques. Mais fatigué(e)s. Et démuni(e)s.

Des encadrant(e)s qui râlent sur :

  • La fin d’année chargée.

  • Les budgets.

  • Les entretiens annuels.

  • Les demandes “urgentes”.

  • Les demandes pas claires.

  • Les ordres et leurs contre-ordres.

La liste est longue.

Certain(e)s arrivent à en rire, communiquant leur énergie à quelques-un(e)s. A cet instant, chacun(e) se sent moins seul(e). Mais toujours aussi démuni(e). Nous sommes en analyse de pratiques, ça tombe bien, me direz-vous…

En tant que consultante, les difficultés organisationnelles et humaines décrites m'interpellent, évidemment, mais je me centre sur le contrat. Après avoir organisé nos travaux, nous entamons une analyse de situation. Nous parlons entre autres de priorisation, de clarification du cadre, etc. Quelques leviers existent, ils ne sont pas miraculeux certes, mais permettraient de composer avec le fonctionnement de la structure.

Mais le processus parallèle est là. Au-dessus de nous, comme une chape de plomb.

Pour une majorité d’entre eux/elles, rien ne semble possible. Ces encadrant(e)s sont fatigués de “faire avec”. Certes ils/elles se sont inscrits volontairement à ces séances proposées par leur structure. Mais l’activité réflexive, à cet instant, constitue à leurs yeux une injonction supplémentaire : se remettre en question et surtout, ne pas questionner l’organisation.

Je leur propose une pause. Je suis profondément touchée par ce qu’ils/elles me disent, je peux me reconnaître à certains moments de mon parcours professionnel. Puis, je réfléchis : Comment leur redonner un peu de contrôle, à eux qui semblent subir au quotidien ?

Nous reprenons.

Je pose le constat, en prenant ma part dans ce dernier, et propose 5 minutes de cohérence cardiaque au collectif, pour permettre à chacun(e) de retrouver un état plus apaisé et de mobiliser son cortex.

Puis je questionne : Comment voulez-vous utiliser le temps imparti ?

Les réponses m'amènent à entamer un atelier : chacun(e) identifie individuellement ses besoins au travail sur la base du jeu de cartes (cf. photo). Puis, en sous-groupes, ils/elles réfléchissent : comment faisons-nous pour répondre à nos besoins respectifs au travail ? Que ce soit par des actions déjà existantes ou différentes, pas d’actions supplémentaires bien sûr…

Nous clôturons la séance : certain(e)s disent se sentir plus apaisés et d’autres ont retrouvé le sourire, du moins pour quelques heures. Quelques un(e)s ont identifié des leviers. Et pour une poignée d’entre eux/elles, la douleur est toujours là. Profonde. Persistante.

Un atelier n’est pas la solution ici, vous vous en doutez bien. Ce n'est pas l'objectif, et ce n’est pas le contrat initial passé avec la structure. Mais le vécu, la réalité quotidienne de ces encadrant(e)s est un état de fait que je ne peux que prendre en compte lors de mes interventions auprès d'eux.

Je n'ai donc pas procédé comme prévu, à quoi bon ? Ici, l'expérimentation est nécessaire.

J’ai accompagné le collectif à sortir de ce processus parallèle pour retrouver des degrés de liberté. Le temps de cette séance, les participant(e)s ont mis en pratique une technique de reconnexion à soi et à ses besoins et de recherche de leviers. Et si c'était ça, finalement, travailler dans un environnement VICA* ?

*VICA : volatile, incertain, complexe et ambigu.

N.B. : Certaines données ont été modifiées voire non communiquées pour garantir l’anonymat des participants et de la structure concernée. Si, malgré ces précautions, certain(e)s se reconnaissent, qu’ils/elles soient assuré(e)s de mon empathie et de mon humilité face à leur vécu.

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